lundi 29 juillet 2013

Parenthèse désenchantée

Juste un an, à quelques heures près....
Il y a juste un an, je faisais nuit blanche à tes côtés.
Il y a juste un an, je vivais mes dernières heures avec toi.
Il y a juste un an, tu subissais les conséquences d'une opération trop longtemps retardée.
Il y a juste un an, tout espoir était envolé.
Il y a juste un an, j'appelais l'équipe de nuit car tu te remplissais les poumons avec cette fichue poche d'alimentation par sonde gastrique.
Bref, il y a juste un an, je t'accompagnais comme promis.

Et aujourd'hui, je me sens dépossédé du temps que je voudrais passer avec toi en pensée, ou près de toi à Vindrac car je dois gérer notre départ d'un putain de collectif avec de putains d'individus qui sont déconnectés des émotions humaines dans leur ensemble.

mercredi 19 juin 2013

La vie est un éternel recommencement...

Pour pouvoir avancer, marcher, courir, il faut accepter d'être en déséquilibre. C'est d'une évidence déconcertante. Mais cela sous entend qu'être en équilibre revient à stagner.
A 38 ans, avec une compagne et 4 enfants, je me remet en marche après 3 années à avoir cherché l'équilibre dans un projet d'éco-hameau.
C'est l'histoire d'un autre départ annoncé, différent du précédent, douloureux par certains aspects, et libérateur par d'autres.
2 juin 2013, j'ai 38 ans, et j'acte mon choix de quitter le collectif auquel je me suis joins il y a quasi 3 ans.
Pour en arriver là, il aura fallu des mois de galères, de tensions, de colères.
Il aura fallu aussi une décision d'exclusion à notre encontre, ou du moins une demande du collectif pour que nous quittions les lieux, ce qui revient quasi au même.
Il n'est pas évident de voir le positif, de prendre sa part de responsabilité dans un tel épisode sans chercher à tout mettre sur le dos des autres.
Peut être que d'écrire cette partie de ma vie me permettra de voir certaines choses, d'en comprendre d'autres.
Ce que je sais aujourd'hui, avec ce début de recul, c'est que c'était inévitable comme conclusion.
Lorsque dans un groupe une personne commence a avoir un regard critique, qu'elle ose dire les choses qui ne vont pas en tirant le signal d'alarme, et qu'elle se met limite en marge du groupe, c'est que ça commence à sentir le sapin cramé. Le problème est que ces autres personnes ne sont pas forcément à même d'entendre le signal d'alarme, soit par choix de rester dans une zone confortable, soit par aveuglement total tellement elles ont le nez dedans. Du coup, la personne critique peut décider de rentrer dans le moule (incident clos), ou elle peut aussi décider de quitter le navire. Le troisième choix est de rester à bord, et de conserver ce rôle de vigie. C'est le choix que j'ai fait avec ma compagne, le choix de rester à bord et de tirer le signal d'alarme encore et encore jusqu'à épuisement. Ce choix "suicidaire" a été dicté par la croyance que nous avions dans les valeurs véhiculées théoriquement par ce projet.

Mais pour comprendre tout cela, il convient de partir du commencement et de présenter les parties concernées.
D'un côté, nous avons une famille dont le projet d'habitat groupé a commencé à mûrir 14 ans en arrière. Avec des pauses, des investigations, des discussions, la réflexion était là : vivre à plusieurs, c'est quand même plus fun et enrichissant que de vivre chacun chez soit.
Durant 14 ans, nous avons grandi, appris tout un tas de truc plus ou moins utile. Nous avons enrichi notre réflexion à travers des lectures, à travers la mise en pratique de concepts pas forcément logique. Sur toutes ces pistes de réflexion, 4 nous semblaient incontournables. Peu importe l'ordre, cela donnait en substance ceci :
- la communication non violente...ou comment être honnête tout en restant bienveillant, sans jugement...
- la prise de décision avec le consentement de tous. Exit la notion de majorité. Chaque décision se prend avec l'aval de tous, ce qui permet de déjouer la logique mathématique et de dire que 1+1=3 grâce à "l'intelligence collective".
- la place des enfants, et de façon plus large, de chaque individu dans la société, quelque soit son âge, son état de santé physique ou mentale. Chacun a sa juste place, et les interactions sont possibles entre tous, même pour "travailler".
- la décroissance et le rapport à la société de consommation...tout en cultivant le bien être quand même.
 L'idée était de vivre à plusieurs, avec du trans-générationel,  à la campagne de préférence, et de viser l'autonomie alimentaire et énergétique, sans pour autant entrer en autarcie et vivre dans une secte. Exercice somme toute périlleux et plus dur qu'il n'y parait.

De l'autre côté, un collectif qui véhiculait justement ces idées là...du côté de la région Rhône-Alpes. Un collectif en cours de création, qui était à la recherche de nouvelles familles pour poursuivre l'aventure et sauter le pas afin de dépasser le cadre théorique.
Ce collectif a bougé, avec des arrivées, et des départs. Il a aussi bougé en choisissant de migrer en haute Garonne.
L'idée de base, en plus des valeurs véhiculées, était de constituer un éco hameau d'environ une vingtaine de foyers, où chacun conserverait son chez soit et ses finances, et avec aussi une mutualisation des espaces communes. Concrètement, des espaces de loisirs communs, une buanderie commune, des salles de détentes communes, et aussi des espaces professionnels mutualisables.
Les outils de "travail" étaient la CNV (communication non violente) et la Sociocratie (prise de décision en cercle au zéro objection).

Voilà, le résultat ne pouvait qu'être un mariage d'amour après s'être rencontrés.

(la suite un peu plus tard)

lundi 27 mai 2013

Passeur d'âmes

Petite expérience chamanique réalisée il y a peu là où je vis actuellement.
Un des membres du collectif dans lequel je vis a fait venir un géobiologue pour faire une vérification d'implantation pour une construction à venir... Après quelques repérages, et quelques discussions, le groupe en a profité pour faire un bilan de la maison commune que nous partageons à plusieurs. Outre le fait qu'un cours d'eau passe en dessous de la bâtisse, nous avons pu repérer deux endroits "habités" dans cette maison et assez lourdement chargés, et après accord de tout les habitants du collectif, nous avons décidé d'effectuer une "petite" cérémonie de départ composé en 3 temps : nettoyage, purification, rééquilibrage.
C'était une expérience assez intéressante en soit.
Lors de la première phase, un peu à la fin de cette étape, j'ai commencé à ressentir une légère douleur à l'épaule droite, avec une sensation d’agrippement, comme des serres qui m'emprisonnaient cette partie du corps, puis cela s'est estompé.
A la fin du processus en 3 étapes, j'ai pris un temps "particulier" avec le shaman géobiologue pour effectuer un petit nettoyage intérieur. La douleur présente initialement à l'épaule droite s'est légèrement "réveillée" puis a migré dans l'omoplate pour terminer sa course au niveau du rein, côté droit toujours, lieu de la mémoire ancestrale. J'ai fini la séance avec une sensation d'ancrage au sol à l'intérieur du corps.

Il y a quelques mois de cela, un ami géobiologue est venu pour travailler sur notre zone d'implantation de notre yourte. Outre les cours d'eau présents en quantité, il a "ressenti" autre chose sur ce lieu, une présence...celle de mon père. Cet ami était au courant de mon "sympathique" été bretonnant dernier.

Tout ça mis bout à bout m'incite à croire que le monde de l'immatériel m'entoure bien plus que je ne le pensais. Je ne vais pas virer mystique sur ce blog, mais c'est quand même une chose qui me travaille.
En chamanisme, il existe des passeurs d'âmes. C'est peut être une piste que je vais explorer prochainement et qui m'apportera peut être quelques éclaircissements sur ce que j'ai vécu et sur ce que je vis aussi dans le monde des vivants. Que ce soit concernant l'âme de mon père ou la sensation de me comporter en St Bernard limite "guide" avec d'autres de leur vivant, il est temps de faire un peu de lumière sur ce qui m'entoure.
Peut être qu'une suite sera écrite ici, sur ce blog, ou alors cela sera sur un autre à venir.

jeudi 23 mai 2013

9 mois moins 3 jours

27 avril dernier, jour d'anniversaire de mon aînée, ses 12 ans, petit déclic en moi. Quelque chose se passe à l'intérieur de mon corps , comme un verrou qui saute permettant ainsi la libre circulation de toutes les énergies. Je me sens différent, moins tiré vers le bas. C'est comme si je m'autorisais de nouveau à vivre et à être heureux. Je souris alors pleinement à la vie.
Avant ce déclic, c'était des humeurs changeantes (être gémeaux n'aide pas non plus), des coups de blues ou de bien être. Je pouvais alterner les deux plusieurs fois par jour. C'était aussi une accumulation de colère et de tensions,  à pester contre tout et rien, contre ces personnes qui certes ne comprennent pas un deuil, mais qui refusent aussi de le respecter et de le laisser s'exprimer. A pester contre des personnes qui estimaient (et estiment encore aujourd'hui) que je trouvais des prétextes à mes humeurs changeantes ou à ma volonté de m'isoler et de me protéger des tensions extérieures et inhérentes à la vie en collectif.
Un deuil ne se comprend pas forcément, c'est vrai, surtout quand on a soit même pas eu le "plaisir" de vivre cela...mais à défaut de l'accompagner il se respecte quand même.
Pendant cette période de deuil, un petit soleil est apparu fin février, et même si j'avais du mal à me connecter à lui, il était là, plein de vie et d'amour à donner et à recevoir. Ce petit soleil s'est joint aux trois précédents pour en former un plus gros. De 5 individus composant notre famille nous sommes passés à 6. L'arrivée de ce 4ème enfant n'a pas mis un terme à mon deuil, mais il a contribué à l'alléger.
Ce deuil a duré 9 mois moins 3 jours.

9 mois moins 3 jours, c'est justement aussi le temps qu'il a fallu à mon dernier enfant (mon second fils) pour  rejoindre sa mère, ses soeurs, son frère et moi et pouvoir ainsi être tenu dans nos bras.

9 mois moins 3 jours, la croisée de deux histoires, deux trajectoires différentes. L'une pour accepter l'absence d'El Padré, l'autre pour accéder à la lumière du jour.

vendredi 4 janvier 2013

Madame Pasdbol

La série des Monsieur Madame, vous connaissez ? Babeth vous a écrit un petit billet avec un personnage fort peu sympathique. Certes, je ne suis pas objectif, mais qui m'en tiendra rigueur à ce jour ?

Bref, Madame Pasdbol n'a pas de chance. C'est vrai, elle avait un projet de vie avec El Padré, et au final elle se retrouve aux côtés d'un homme avec un cancer dépisté tardivement. Même pas pu célébrer le premier anniversaire de mariage. La cerise sur le gâteau étant qu'elle a du supporter ma présence pendant quasiment trois mois car j'avais oser faire le choix de vouloir être présent auprès de mon père pour ses dernières semaines de vie.
 Dur la vie de Madame Pasdbol, surtout quand je suis là pour voir l'alcoolisme, et que j'ose mettre en mot sa dépendance à l'alcool, et qu'en plus j'ose dire que j'ai pas confiance en elle pour s'occuper de mon père. C'est un fait. Comment peut elle être attentive et réactive si un problème médical survient à la maison alors qu'elle est cuite ?
Madame Pasdbol a aussi du prêter sa voiture, pour que je puisse aller voir mon père à l'hôpital régulièrement. Par moment elle profitait de m'avoir comme chauffeur...et par moment cela devait être pénible pour elle de pas pouvoir aller acheter ses cigarettes au bar du village et de s'en jeter un ou deux au passage.
Madame Pasdbol a quand même ouvert sa maison à ma famille. Ca n'a été simple pour personne, et cela a même été source de tension et de plaintes. Forcément, Madame Pasdbol est dans le triangle infernal Bourreau/Victime/Sauveur.
En fait, je pourrai poursuivre des heures durant, écrire des lignes et des lignes sur Madame Pasdbol.
Je pourrai faire preuve d'empathie... Oui, je pourrai. Pourtant je n'y arrive presque pas. Ce n'est pas par égard à son alcoolisme, non c'est juste en réaction à ces trois mois passés en sa présence, avec son humour douteux à la sortie du bureau du médecin lorsque la décision relative à la sédation a été prise, avec sa non présence auprès de mon père à l'hôpital, avec ses plaintes incessantes au sujet de mon père devant sa famille à lui...et j'ose même pas parler de l'après décès, avec son envie de tout foutre à la benne car elle savait pas comment elle allait trier les affaires.
Avec Babeth nous avons sauvé ce qui pouvait l'être...
Ce qui m'attriste avec Madame Pasdbol qui est alcoolique, c'est qu'il y a deux chiens qui souffrent probablement de cette situation, et eux n'ont rien demandé. Oui, ça me fait chier pour les chiens.

mercredi 26 décembre 2012

A quatre mains.

1er noël sans...eux.

1er noël sans un coup de fil au padré, ni même une carte. Et la nouvelle année sera identique à ce noël.
Ce qui change, je suis maintenant l'aîné de la famille. Je ne parle pas des oncles, des tantes, cousins et cousines... Je suis l'aîné des deux enfants devenus grand. Même si c'est purement symbolique, cela compte quand même.
Cela n'a pas toujours été ainsi. Enfin si, je suis et je reste l'aîné des deux, mais avant, il y avait le padré...et encore avant, il y avait notre mère.
Petit flash back de 13 ans pour ceux que ça intéresse.
22 novembre 1999, elle aurait dû fêter ses 49 ans.
Septembre 1999, une vie s'est arrêtée dans des conditions de merde, avec une souffrance des deux côtés du miroir.
Encore des non dits, des oublis, de la colère, de la rancoeur. Certes, 13 ans après, cela a été évacué, certaines choses sont sorties, ont été dites, un peu comme une remise à l'heure des pendules.
Ce premier billet va nous emmener avec Babeth sur un partage des évènements, un récit à 4 mains à travers nos blog respectifs.
Histoire de boucler la boucle, de se souvenir, de ne pas oublier, et de continuer d'avancer car nous sommes tout deux des parents à ce jour.

jeudi 15 novembre 2012

423, la suite

Durant ces 3 mois d'accompagnement, j'ai fais le choix d'être le "lien" entre famille et staff médical, non pas pour filtrer les infos transmises, mais pour les traduire et éviter les pertes de temps inutiles.
Lors de cette dernière nuit passée à l'hôpital, j'ai choisi d'être présent en soutient pour lui et en relais avec l'équipe de nuit.
Je n'ai pas dormi de la nuit, toujours à être en vigilance accrue par rapport à son état physique. Peu de paroles échangées, beaucoup de café et de coca en consommation nocturne. Des regards, une main posée sur l'épaule en soutient... C'était ma façon d'être là. Je n'étais pas là pour dire au revoir, mais pour le soutenir durant cette nuit.
Le lendemain, place à la famille. Ma soeur et la belle mère sont là, passent du temps dans la chambre.
Moi, je me suis éclipsé pour prendre une douche, et je navigue entre la machine à café, et le couloir. Je n'ose interrompre ces instants privilégiés entre eux tous. Chaque fois que je rentre dans sa chambre, je sens l'émotion, des larmes, des silences, mais des temps où ils se disent au revoir, se soutiennent...et du coup, je ne prend pas ma place pour moi même dire au revoir. Peut être que je l'ai déjà fait inconsciemment. C'est même certainement le cas. Mais je ne prend pas ma place pour lui dire au revoir en le regardant dans les yeux et en le soutenant.
Après, ça s'enchaîne. L'hypercapnie est très rapide et l'état de conscience du padré s'effiloche en un rien de temps. La décision est prise...et après tout se précipite.
Il me manque quelque chose de "formel" dans ce scénario, mais il est déjà écrit, il a déjà été joué, et y'a pas de second opus possible.
 Au moment où j'aurai pu prendre ma place de fils auprès de son père, j'ai pas osé le faire. Je souhaitais permettre à Babeth de vivre ce qu'elle avait à vivre dans ces derniers instants, et j'ai aussi souhaité que sa femme puisse dire au revoir alors même que...elle avait fait le choix de ne pas prendre sa place durant ces 3 derniers mois.
Je me dis que j'aurai mieux fait d'éjecter la belle mère et d'être là avec Babeth et le Padré, juste entre nous trois. D'ailleurs, à son dernier souffle, était présente sa vraie famille...de sang.